L’avenir des prairies
L’écosystème le plus menacé du Canada a besoin d’une politique qui réponde aux besoins de ceux qui en assurent la gestion.
Les prairies naturelles constituent l’écosystème le plus menacé du Canada. Quatre-vingts pour cent de celles-ci ont déjà été perdues au profit de l’agriculture, entraînant la disparition d’un habitat essentiel pour plus de 60 espèces menacées, de vastes réserves de carbone et de systèmes naturels qui filtrent l’eau et réduisent les risques d’inondation. Ce qui reste continue de disparaître, non pas parce que les producteurs n’ont pas la volonté de les préserver, mais parce que les politiques, le marché et les programmes incitent souvent à prendre des décisions allant dans le sens contraire.
Les prairies constituent également un paysage (ou une terre) exploité. Le secteur canadien de l’élevage bovin et de la viande bovine, qui dépend de prairies saines, apporte chaque année près de 35 milliards de dollars à l’économie nationale. Pour mettre un terme à la dégradation de ces prairies, il faut concilier les objectifs de conservation avec les réalités économiques des personnes qui gèrent ces terres au quotidien.
Le Centre pour la conservation des terres collabore avec des organisations de producteurs, des partenaires politiques et des chercheurs de l’ensemble des Prairies afin de combler ce fossé, en développant les données factuelles, les relations et les cadres politiques nécessaires pour préserver l’intégrité et la productivité des prairies naturelles pour les générations à venir.
Notre approche
Nous pensons que la préservation durable des prairies passe par la mise en place d’incitatifs adaptés, et non par des prescriptions sur la manière dont les producteurs doivent gérer leurs terres. Cela signifie :
- Écouter avant tout. Les producteurs possèdent des décennies d’expérience sur le terrain et savent ce qui permet de préserver la santé des prairies et la viabilité des exploitations. Notre travail consiste tout d’abord à intégrer directement ces connaissances dans le processus d’élaboration des politiques, plutôt que de les contourner.
- Identifier les déséquilibres. Les subventions aux cultures céréalières, les aides inégales en matière d’assurance, la hausse de la valeur des terres et les cycles de financement courts exercent tous une pression en faveur de la conversion des prairies en terres cultivées, souvent même pour les producteurs engagés dans une intendance à long terme. Nous nous efforçons d’identifier clairement ces obstacles structurels afin qu’ils puissent être surmontés.
- Une approche à long terme. L’intendance des prairies s’inscrit dans une perspective de 25 à 50 ans. Nous plaidons en faveur de l’élaboration de politiques et de programmes qui s’inscrivent dans cette durée plutôt que d’aller à son encontre.
- Mettre en place des cadres communs. Pour obtenir des résultats de la conservation durables, il est indispensable que les pouvoirs publics, les producteurs, les détenteurs de savoirs autochtones et le secteur privé agissent en s’appuyant sur une vision commune des enjeux et des possibilités.
Dialogue avec les producteurs : une première étape de l’engagement
En novembre 2025, nous nous sommes associés à la Manitoba Forage and Grassland Association, à la Saskatchewan Stock Growers Foundation, au Lincoln Institute of Land Policy et à l’Institut international du développement durable pour réunir 44 producteurs pionniers des Prairies à Brandon, au Manitoba. Ce dialogue mené par les producteurs constituait la première phase de notre initiative actuelle en matière de politique des prairies, mettant en lumière les défis et les opportunités que les producteurs perçoivent le plus clairement sur le terrain.
Les producteurs ont mis en avant six facteurs interdépendants qui influencent leurs décisions concernant les prairies : la rentabilité et la durabilité à long terme, les distorsions liées aux politiques publiques et les pressions du marché, les défis liés au marché foncier et à l’accès aux terres, le transfert de connaissances et la succession, la conception de programmes favorisant les pratiques régénératrices, ainsi que les contraintes liées à la main-d’œuvre et à la santé mentale. Ces échanges ont donné lieu à une série de priorités concrètes, définies en concertation avec les producteurs, notamment la réforme du système d’assurance, l’augmentation des paiements pour les services écosystémiques, le renforcement des réseaux de vulgarisation et d’apprentissage entre pairs, ainsi que la mise à disposition d’outils plus performants pour mesurer et vérifier la santé des prairies.
Ces conclusions reflètent le point de vue d’une communauté. À mesure que cette initiative se poursuit, nous étendons ce type de collaboration aux détenteurs de savoirs autochtones afin de veiller à ce que leurs points de vue influencent également nos travaux ; l’ensemble des conclusions sera ensuite soumis à l’examen de la communauté des producteurs lors d’un forum sur les solutions qui se tiendra à l’automne 2026.
L’avenir de ce projet
D’ici août 2026, nous collaborons avec des responsables du secteur agricole et des partenaires politiques afin d’élaborer et d’affiner les cadres et les mécanismes d’investissement susceptibles de traduire ces priorités en actions concrètes — en créant ainsi de véritables perspectives économiques permettant aux agriculteurs de préserver et de restaurer les écosystèmes des prairies, sans alourdir leurs activités par des contraintes réglementaires.