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De nombreuses propriétés privées conservent des habitats d’espèces sauvages et d’autres services écologiques essentiels. Notre nouveau rapport explore les moyens de comptabiliser ces contributions et d’en encourager d’autres.

Aujourd’hui, jusqu’à un million d’espèces dans le monde sont en voie d’extinction. Pour lutter contre cette crise de la biodiversité, 196 pays, dont le Canada, se sont engagés à respecter l’objectif 30×30 : conserver 30 % de leurs terres et de leurs eaux douces d’ici à 2030.

À la fin de l’année 2024, le Canada en aura conservé près de 14 %, principalement grâce aux parcs fédéraux, provinciaux et territoriaux et aux zones protégées par les autochtones. Mais ces actions ne suffiront pas à elles seules à atteindre l’objectif.

C’est pourquoi la stratégie 30×30 reconnaît également l’importance des autres mesures de conservation efficaces (OECM) : des espaces qui conservent la biodiversité mais qui ne répondent pas à la définition officielle d’une zone protégée.

Reconnaître les efforts des propriétaires fonciers

Les OECM sont particulièrement importantes pour la conservation des paysages du sud du Canada, où la plupart des terres appartiennent à des propriétaires privés et où la perte de biodiversité est la plus importante.

La bonne nouvelle, c’est que de nombreuses propriétés agricoles et forestières privées à travers le pays répondent déjà aux critères des OECM – ou y répondraient avec quelques changements mineurs.

De nombreuses propriétés privées répondent déjà aux critères des OECM, mais ces contributions ne sont pas comptabilisées.

« De nombreux propriétaires terriens sont les gardiens d’écosystèmes importants qui leur procurent toutes sortes d’avantages », explique Bob McLean, directeur des politiques du Centre pour la conservation des terres (CCT). « Leurs prairies accueillent des oiseaux et des pollinisateurs. Leurs zones humides purifient l’eau, absorbent le carbone et atténuent les inondations. Et leurs bois offrent un habitat essentiel à la faune et à la flore ».

Mais dans la plupart des cas, ces contributions ne sont pas comptabilisées. La base de données canadienne sur les aires protégées et conservées comprend plus de 1 280 000 kilomètres carrés d’aires terrestres protégées, mais seulement 92 753 kilomètres carrés d’OECM.

Progrès accomplis par le Canada dans la réalisation de ses objectifs de conservation 30×30

* Comprend les parcs nationaux, provinciaux et territoriaux, les zones protégées autochtones, les réserves nationales de faune et de flore et les refuges d’oiseaux migrateurs.

** Zones qui conservent la biodiversité à long terme mais qui ne répondent pas à la définition officielle d’une zone protégée.

Source : Gouvernement du Canada

La CCT a donc entrepris de comprendre pourquoi de nombreuses terres agricoles et boisées admissibles à l’OECM n’ont pas encore été comptabilisées dans le réseau officiel de conservation du Canada – et ce qui pourrait être fait pour encourager davantage de propriétaires fonciers à intensifier leurs activités d’intendance.

Nous avons examiné les informations publiées, interrogé des experts politiques et animé des groupes de discussion avec des propriétaires fonciers et des groupes qui travaillent en étroite collaboration avec eux. En octobre 2025, nous avons publié nos conclusions dans Valoriser la conservation de la nature sur les terres privées :Une stratégie axée sur les propriétaires fonciers pour faire progresser l’engagement du Canada en matière d’aires conservées.

Nous avons constaté que les propriétaires terriens ne font pas le nécessaire pour que leurs efforts de conservation soient comptabilisés parce que l’effort est trop important et les récompenses trop rares. Notre rapport met l’accent sur trois préoccupations majeures.

Les propriétaires fonciers ne demandent pas que leurs efforts de conservation soient comptabilisés parce que l’effort est trop important et les récompenses trop rares.

Identifier les principaux obstacles

Perte d’autonomie et de vie privée

Les préoccupations relatives à la protection de la vie privée et à l’autonomie sont l’une des principales raisons pour lesquelles les propriétaires fonciers les plus soucieux de la conservation hésitent à demander la reconnaissance de l’OECM. Nombre d’entre eux craignent que la divulgation publique de leurs activités de conservation ne suscite une attention non désirée, une intrusion, une surveillance gouvernementale ou de nouvelles restrictions quant à l’utilisation de leurs terres.

Comme l’a indiqué un participant au groupe de discussion, « une fois que votre terre est reconnue publiquement pour sa conservation, les gens peuvent penser que c’est comme un parc – ils ne comprennent pas que c’est toujours une propriété privée. Ils commenceront à venir pour visiter ou faire des activités récréatives, et ce n’est pas ce pour quoi nous nous sommes engagés ».

La modification du modèle de l’OECM afin de préserver la confidentialité des informations relatives aux propriétaires fonciers contribuerait grandement à l’adhésion d’un plus grand nombre d’entre eux.

« Une fois que votre terrain est reconnu publiquement pour sa conservation, les gens peuvent penser qu’il s’agit d’un parc.

Une procédure lourde

Un autre obstacle réside dans le fait que la tâche de naviguer dans le processus repose entièrement sur les propriétaires fonciers. C’est là que l’adoption d’un modèle « opt-out » pourrait faire une grande différence. Au lieu d’exiger des propriétaires fonciers qu’ils entament le processus, les propriétaires de terres de grande valeur écologique pourraient être informés que leur propriété sera incluse dans le décompte de l’OECM, à moins qu’ils ne s’y opposent activement.

Concevoir la participation autour de l’adhésion par défaut – tout en maintenant l’autonomie et la transparence – pourrait débloquer une participation plus large.

Manque d’incitations

Enfin, la conservation s’accompagne souvent de coûts. Un agriculteur qui choisit de laisser une partie de sa propriété boisée dispose de moins de terres à cultiver – et donc de moins de revenus. Les incitations financières aident les propriétaires fonciers à compenser cette perte.

C’est pourquoi il est essentiel de proposer des programmes d’incitation tels que des allègements fiscaux, des paiements annuels pour les services rendus par les écosystèmes et des programmes fondés sur le marché tels que les crédits carbone et les crédits de biodiversité.

Tirer parti de tiers de confiance

Un certain nombre d’organisations de conservation et d’intendance sont bien placées pour communiquer et établir des relations de confiance avec les propriétaires fonciers. Il s’agit notamment des fiducies foncières locales, des associations de producteurs agricoles et des associations de gestion des boisés. Elles peuvent aider à évaluer les sites, fournir une assistance technique, offrir des incitations et s’orienter dans le paysage complexe des outils de conservation et des processus de reporting.

« Des organisations comme la nôtre peuvent jouer un rôle important en intégrant davantage de terres privées dans le réseau de conservation du Canada », déclare Bryan Gilvesy, directeur de la stratégie d’ALUS, qui aide les agriculteurs et les éleveurs à créer des solutions fondées sur la nature sur leur propriété. « Nous travaillons chaque jour aux côtés des propriétaires fonciers pour faire progresser la conservation, et nous comprenons donc leurs valeurs, leurs motivations et leurs réalités. »

Les organisations de conservation et d’intendance peuvent jouer un rôle important en intégrant davantage de terres privées dans le réseau de conservation du Canada.

Neuf recommandations gagnant-gagnant

Sur la base de ces observations, notre rapport propose aux décideurs politiques neuf recommandations visant à comptabiliser davantage de terres agricoles et de boisés conservés par des particuliers pour atteindre les objectifs 30×30 du Canada :

  1. Renforcer et pérenniser les programmes d’incitation à la conservation.
  1. Partager le coût de la conservation des terres agricoles privées.
  1. Étudier les accords de « sphère de sécurité » ou autres accords similaires qui garantissent aux propriétaires fonciers que leurs actions de conservation n’entraîneront pas de restrictions futures en matière d’utilisation des terres.
  1. Renforcer les capacités des organisations qui s’engagent directement auprès des propriétaires fonciers.
  1. Explorer les mécanismes qui permettent aux organisations d’établir et de maintenir des liens avec les propriétaires fonciers (par exemple, créer une plateforme numérique qui relie les propriétaires fonciers aux organisations de conservation, aux experts techniques, aux programmes de financement et aux réseaux de pairs).
  1. Améliorer la protection de la vie privée en permettant de déterminer soi-même le niveau de divulgation de l’information et/ou d’établir des rapports agrégés ou par lots sur les terres considérées comme des OECM.
  1. Permettre à des tiers qualifiés d’accepter les OECM dans la base de données canadienne sur les aires protégées et conservées.
  1. Interpréter les orientations de l’OECM en mettant l’accent sur les résultats des pratiques de gestion des terres (par exemple, en autorisant les plans de gestion des exploitations agricoles comme preuve d’un engagement à long terme en faveur de la conservation).
  1. Envisager un engagement proactif avec les propriétaires fonciers (par exemple, passer à un modèle de retrait volontaire).

Le résultat est une victoire pour les propriétaires fonciers, car il répond à leurs préoccupations légitimes et les incite davantage à s’engager dans la gestion de l’environnement. C’est une victoire pour le Canada, qui se rapproche de son objectif 30×30. Et c’est une victoire pour la biodiversité, en particulier dans le sud du Canada, où les espèces sont les plus menacées.

« Le Canada doit mettre tout en œuvre pour s’attaquer à la crise de la biodiversité », déclare Lara Ellis, directrice générale de la SIC. « Cela implique de reconnaître et de soutenir les propriétaires fonciers en tant que partenaires clés et de donner aux organisations les moyens de les aider à mettre en œuvre et à améliorer les pratiques de conservation. »

Lire l’étude approfondie de la SIC sur l’évaluation de la conservation de la nature sur les terres privées

En tant qu’organisation nationale créée en 2019, le Centre for Land Conservation (CLC) fait progresser la conservation et l’intendance des terres par le biais de la certification, de la politique et de la recherche.

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